Numériser la gestion de l’eau, protéger la vie

Interview avec Paloma Akerman, responsable des solutions de digitalisation du cycle de l’eau chez Autodesk, Europe

L’eau est la seule ressource dont aucun d’entre nous ne peut se passer. Pourtant, partout en Europe et dans le monde, il devient de plus en plus difficile de la gérer, de la protéger et de la préserver.

Des crues dévastatrices aux sécheresses persistantes, le changement climatique bouleverse le cycle de l’eau, impactant directement le quotidien des populations. Dans cet entretien, nous échangeons avec Paloma Akerman, responsable des solutions de digitalisation du cycle de l’eau chez Autodesk Europe, sur la façon dont l’innovation digitale peut renforcer la résilience, et pourquoi l’inaction engendre des conséquences trop lourdes pour les communautés.

Pourriez-vous brièvement vous présenter et nous parler de vos missions ?

Avec plaisir ! Je suis ingénieure spécialisée en hydraulique et en énergie. Basée en Espagne, je travaille sur des projets d’envergure, tant au niveau national qu’international, en collaboration avec des entreprises de premier plan. Depuis plus de dix ans, je me consacre également à la formation des ingénieurs à l’utilisation d’outils de modélisation avancés pour la digitalisation du cycle de l’eau.

Comment décririez-vous la situation actuelle dans ce secteur ?

L’eau est un bien commun qui devient malheureusement de plus en plus rare à l’échelle mondiale, les épisodes de sécheresse se produisant désormais régulièrement en Europe également. Autre signe de la perturbation du cycle de l’eau liée au changement climatique : les inondations, comme l’événement majeur qui a frappé la ville de Valence il y a un an.

Ces catastrophes mettent en évidence la nécessité d’accélérer l’adoption de solutions digitales capables d’optimiser les opérations, d’économiser les ressources et d’améliorer la qualité de service dans un contexte de pression climatique et réglementaire croissante. Les acteurs publics et privés du secteur de l’eau se trouvent à un tournant décisif : bâtir un système plus efficace, plus durable et plus résilient exige des investissements significatifs.

Le PERTE espagnol (Proyectos Estratégicos para la Recuperación y la Transformación Económica) pour la digitalisation du cycle de l’eau constitue une initiative pionnière visant à moderniser la gestion de l’eau, aussi bien dans les grandes villes que dans les petites communes rurales, grâce à des politiques publiques coordonnées et orientées par les technologies. Il associe investissements publics et privés, financés en partie par le Fonds européen Next Generation, pour un montant total de 225 millions d’euros.

Ce programme favorise également la collaboration entre les différents niveaux de gouvernement et encourage des mécanismes d’incitation fondés sur la performance. Il propose un modèle global de transformation digitale qui va au-delà des infrastructures, en intégrant le changement culturel, le renforcement des capacités institutionnelles et la cohésion territoriale.

Pensez-vous que la prise de conscience progresse également dans d’autres pays européens ?

Absolument. L’état actuel du secteur est particulièrement favorable à une montée en puissance de la digitalisation : le niveau de sensibilisation est élevé, les objectifs sont clairement définis et la motivation est forte. Le développement technologique est également bien avancé, avec des solutions comme celles d’Autodesk Water, qui permettent aux entreprises d’accéder à des systèmes d’aide à la décision à un coût relativement maîtrisé.

L’un des principaux défis reste toutefois le manque de sensibilisation du secteur public à l’existence de ces solutions. Nous pouvons digitaliser les stations de traitement des eaux avec Revit, les réseaux d’eau potable avec InfoWorks WS Pro et les réseaux d’eaux pluviales avec InfoWorks ICM.

Les jumeaux numériques représentent une valeur considérable : ils aident les différentes parties prenantes d’un territoire à comprendre ce qui se produira lorsque l’eau arrive soudainement — et surtout comment réagir et comment prévenir ces situations. Nous devons simuler les scénarios les plus critiques afin de concevoir de véritables « voies d’évacuation » pour l’eau.

Le coût de l’inaction sera bien supérieur à celui d’une catastrophe potentielle, lorsque tout doit être reconstruit et que des vies humaines sont en jeu, voire que des populations sont contraintes d’abandonner leur territoire.

Les jumeaux numériques représentent une valeur considérable : ils permettent aux différentes parties prenantes d’un territoire de comprendre ce qui se produira lorsque l’eau arrive soudainement, et surtout de savoir comment réagir et comment prévenir de telles situations.

Paloma Akerman Responsable des solutions de digitalisation du cycle de l’eau chez Autodesk

Pouvez-vous nous donner quelques exemples de projets sur lesquels vous travaillez ?

Oh, il est difficile de choisir. Chaque situation présente des similitudes, tout en restant unique : le système hydraulique de Berlin diffère de celui de Bilbao, et Bilbao n’est pas Saint-Sébastien, qui doit relever le défi supplémentaire de gérer à la fois les eaux marines et fluviales.

Nous travaillons également avec le réseau de métro de Madrid afin d’améliorer la prévision des inondations, par exemple. Par ailleurs, nous collaborons avec des entreprises privées, telles que les groupes français Veolia et Suez, pour accompagner Barcelone dans la modernisation de son système d’approvisionnement en eau.

Quel rôle jouera l’intelligence artificielle ?

L’intelligence artificielle nous aidera à collecter et à exploiter les données plus facilement. Toutefois, le plus grand défi que j’entrevois concerne notre capacité collective à collaborer plus efficacement, entre acteurs publics et privés, mais aussi entre les municipalités situées en amont et en aval.

Conclusion : la résilience commence par la responsabilité

Le message de Paloma est clair : la résilience hydrique n’est pas seulement un défi d’infrastructure, c’est un impératif humain. Derrière chaque maquette se trouve une communauté. Derrière chaque simulation, il y a un avenir que nous avons le pouvoir de façonner.

Nous devons considérer l’eau non pas comme une marchandise, mais comme une responsabilité partagée. Grâce à des systèmes plus intelligents, un meilleur accès aux données et une collaboration renforcée, nous pouvons transformer la manière dont nous gérons la ressource la plus vitale au monde, avant que la crise ne survienne.

La transformation digitale ne concerne pas uniquement la technologie. Il s’agit de protéger les populations, de donner aux communautés les moyens d’agir et de bâtir des avenirs plus sûrs, plus durables et plus résilients.

Exemples de projets

Acciona Agua — Bilbao

ICM Live est déployé pour la modélisation intégrée 1D/2D des réseaux d’assainissement et d’eaux pluviales en milieu urbain, en étroite intégration avec InfoWorks ICM afin de soutenir la prise de décision opérationnelle. La mission comprend la configuration du système, la gestion des licences, la formation ainsi que l’accompagnement au démarrage (go-live).

Scottish Water, UK

Scottish Water, l’un des principaux opérateurs publics de l’eau au Royaume-Uni, exploite les capacités d’InfoWorks ICM et d’ICM Live pour développer des jumeaux numériques et des workflows opérationnels en temps réel. Cette approche permet d’améliorer la modélisation pour la gestion hydraulique et la prévention des inondations, tout en renforçant l’intégration entre les prévisions et la prise de décision des opérateurs.

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